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L’impression 3D: Quels impacts pour l’industrie du Luxe ? [Bilan Conf Essec Luxe]

  • Karim Bouhajeb
  • décembre 3, 2014

Article écrit Par Karim Bouhajeb

LUXE : PREMIERES IMPRESSIONS SUR LA TROISIEME DIMENSION

L’impression 3D a de quoi surprendre, émerveiller, effrayer et bouleverser l’industrie du luxe par son instantanéité et son futurisme pourtant déjà si proche.

Retour sur une soirée dans le très select CLUB ESSEC LUXE où industriels de la 3D, juristes en nouvelles technologies et professionnels du luxe se sont appréhendés, écoutés, et ont confronté leurs points de vues divergeants.

Un peu d’Histoire…

C’est en 1984 que deux chercheurs français, Alain le Méhauté et Olivier de Witte, à l’origine de l’invention de la première imprimante 3D, lancent le premier brevet aussitôt déposé par l’anglais Charles Hull sous le nom de Stéréo-lithographie.
En 2007, la société britannique SHAPEWAYS lance le premier service d’Impression 3D.
En 2009, l’américain MAKER BOT devient le premier fabricant d’imprimantes 3D grand public.
En 2014 : Hewlett Packard se lance sur le marché du multi-jet fusion.

Un marché en croissance exponentielle :

D’ici à 2025, l’impact économique global de l’impression 3D pourrait atteindre de 230 à 250 Milliards de $ par an selon une récente étude de McKinsey.
Le marché des imprimantes 3D représentait en 2013 plus de 3 Milliards de $ et connaîtra une progression constante pour atteindre 8 à 12 Milliards $ d’ici à 2015.

Surtout, lorsqu’on évoque l’impression 3D, il s’agit désormais d’un écosystème complet respectant toute une chaîne de valeurs.
Les secteurs prioritaires qui investissent majoritairement l’impression 3D en 2014 sont les suivants : Consumer Goods et Produits électroniques : 18%, Industrial Business Machines : 18%, Medical : 17%.

Quels sont les usages chez les professionnels ?

Tout d’abord, le prototypage, visant à réduire les coûts de fabrication, accélérer le processus de collection, ou encore optimiser le design du produit. Ensuite, le Moule & la Fonderie, afin d’obtenir un moule en quelques heures, ou encore de réduire les coûts de fabrication. Enfin, la production, pour pouvoir fabriquer à la demande, réaliser/ optimiser des pièces complexes ou encore délocaliser la production.

Aujourd’hui déjà, et on ne s’en doute peut-être pas, mais plus d’1/3 des plus grands fabricants utilisent l’impression 3D. Quant à l’Impression 3D personnelle, dans la continuité d’un mouvement Maker/Do It Yourself, les machines sont de plus en plus accessibles. Il faut compter entre 400€ et 600€ l’imprimante 3D personnelle en vente actuellement chez LEROY MERLIN contre 300 000€ pour une imprimante professionnelle utilisée chez le prestataire QUICK PROD.

De nouveaux services à la demande se créent et révolutionnent les industries, avec 3D HUBS, TOP OFFICE, LA POSTE, AUCHAN ou encore UPS. Par ailleurs, de nombreuses start-ups se lancent sur le créneau de l’impression 3D destinée aux biens de consommation courante ainsi que les biens de Luxe.

 Tour à tour, ces start-ups se sont lancées avec pour objectif principal de révolutionner les usages, la relation client et l’approche commerciale.

Mi-2013, l’entreprise californienne PROTOS Lunettes se lance dans les montures de lunettes sur-mesure grâce à l’impression 3D. L’internaute devait bientôt pouvoir se fabriquer une monture sur mesure avec une simple webcam. En effet, la société a mis au point un algorithme qui permet de concevoir la monture qui convient le mieux à un visage simplement à partir de deux photos, l’une de face et l’autre de profil.

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C’est dans le secteur de la bijouterie que les start-Ups se sont le plus rapidement développées autour de l’impression 3D.

JWEEL, une marque de la start-up française SKIMLAB, propose aux internautes de développer leur bijou personnalisé en pré-visualisant leur création en 3D et en créant leur propre bijou fabriqué sur-mesure. Les applications Jweel permettent de concevoir des bijoux uniques directement depuis son navigateur, sans aucun téléchargement préalable. Explorer sa créativité et sculpter son bijou en toute liberté : telle est la promesse du premier site de création libre.

Créée en 2011, la start-Up GEMMYO conçoit, fabrique, distribue et vend des bijoux de Luxe accessibles made in France sur-mesure par l’intermédiaire de son site e-commerce gemmyo.com. Bâtie sur une technologie d’imagerie 3D et une architecture en Lean manufacturing sans stock physique, la société propose des produits personnalisés et une fabrication à la commande avec une imagerie proposée en 3D sur le site de la marque ainsi qu’une production en 3D avec injection de métal en fusion. Bénéfices immédiats : gain de temps et gain d’argent.

gemmyo

MAKIES, start-up américaine, commercialise depuis 2011 des poupées fabriquées en 3D, qui peuvent s’apparenter à des avatars, véritables poupées fashionistas où l’internaute peut créer sa propre poupée et personnaliser avec style ses accessoires en un clic.

makies

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Le récent lancement de MINK dans le secteur de la Cosmétique en 3D, start-up américaine créée en 2014, permet aux utilisateurs de choisir n’importe quelle couleur depuis un site web ou dans le monde réel, en utilisant un simple logiciel déjà existant, ceci afin d’imprimer en couleur un blush, un fard à paupières, un rouge à lèvres ou tout autre type de maquillage, la plupart des maquillages provenant d’une même base de substance.

La technologie 3D se concentre pour l’instant sur la pigmentation d’une base de maquillage existant, mais les créateurs de MINK promettent de ne pas en rester là !

Tout comme pour MINK, la technologie d’impression 3D du fabricant ORLEANS COSMETICS consiste en trois innovations technologiques concernant la personnalisation des coupelles de maquillage pour de petites séries, la possibilité d’un marquage laser sur les poudres ou encore un packaging métallique.

printer

Car la 3D ouvre de nouvelles opportunités pour les marques avec la personnalisation de masse et permet déjà au consommateur de devenir co-créateur de l’objet et par extension, de la marque. D’autre part, d’un point de vue marketing et communication, les marques peuvent ainsi surfer sur l’innovation, proposer du contenu innovant et concevoir une communication plus personnalisée.

Quels sont les principaux enjeux pour le Luxe ?

Tout d’abord, l’enjeu primordial est de révolutionner la fabrication traditionnelle, mais également de proposer une nouvelle direction: l’ultra-personnalisé.

Le danger en terme de propriété intellectuelle reste élevé avec la contrefaçon de modèles et de fichiers en ligne de mire… Car il y a un vide juridique certain du fait de la non jurisprudence en France, mais un cadre législatif est en gestation. Les règles sont identiques à celles du code de la Propriété Intellectuelle (INPI): un designer ne peut pas se faire déposséder de son droit d’auteur.
Quant à la question « Avec quels matériaux peut-on imprimer ? », plus de 200 matériaux sont aujourd’hui exploitables sur des milliers existants, ce qui reste encore peu… Mais les progrès vont très vite et l’on peut désormais imprimer sur une base de matériaux en polymères, polyamides, métal, acier, aluminium, argent, or, céramique … Le verre restant quant à lui pour le moment en phase de test.

 

L’IMPRESSION 3D VA TRANSFORMER LE LUXE.

  1. C’est une révolution identique à celle du digital/ internet. Il faut être conscient des enjeux et des changements à venir.
  2. Cette révolution s’inscrit dans le design, à savoir penser le concept et le packaging différemment. C’est la révolution de la création et de l’innovation.
  3. Il y a nécessité d’encadrement de la création, dans le but de ne pas louper le coche. Les mentalités sont encore à développer. Il faut laisser libre court à la création dans un cadre strict.
  4. C’est une révolution dans le domaine de la bijouterie, du médical et de l’aéronautique. C’est également la naissance du pouvoir dessiner et customiser son propre bijou (customisation de masse par iPhone ou Tablette).
  5. Il s’agit d’une technologie déjà existante, avec des artisans fabuleux qui dessinent en 3D.
  6. C’est enfin l’ouverture d’un espace extraordinaire aux créateurs, l’impression 3D va révéler le créateur qui sommeille en nous.

Véritable machine à fantasmes, l’impression 3D est le futur du Luxe. C’est déjà l’impression aujourd’hui de la petite série pour les principaux joailliers de la Place Vendôme à Paris, ainsi que pour certaines marques du groupe LVMH. Comme le souligne dans une récente interview Barack Obama, elle correspond à l’essence nécessaire au redémarrage de la 3ème Révolution Industrielle.

L’impression 3D des produits de luxe est déjà en marche. On va créer pour soi ou se faire créer pour soi le bijou dont la base est réalisée chez les joailliers en impression 3D (moule en cire), le reste correspondant par la suite à un travail de façonnage et de personnalisation.
Ce n’est pas parce que l’on développe une technologie nouvelle que l’on détruit de la valeur : il y a encore tout un travail pédagogique à faire sur cette nouvelle technologie prometteuse et révolutionnaire.

Merci à Nicolas Antonini, animateur de cette conférence et Senior Partner URVIKA et aux membres du Club ESSEC Luxe, Claire Colas et Thina Cadierno, pour cette conférence en mode expérimental, pour le choix des intervenants et la qualité de l’animation.
Merci aux intervenants : Delphine Benabou, avocat spécialisé en Propriété Intellectuelle et en Informatique, Jean-Michel Larrivé, PDG QUICK PROD, Alexandre Martel, Co&Founder 3D Natives, Frédéric Vacher, Directeur Stratégique Marketing 3DS Dassault System.

 

5 réponses à “L’impression 3D: Quels impacts pour l’industrie du Luxe ? [Bilan Conf Essec Luxe]”

  1. Jérémy Moreau dit :

    J’ajoute par ailleurs que Shapeways est une société Hollandaise, basée à NYC possédant un capital provenant en grande partie de fonds étasuniens.

  2. Jérémy Moreau dit :

    Bonjour Monsieur Bouhajeb,

    Je vous remercie beaucoup pour cet article très intéressant.

    Je me permets cependant de laisser un commentaire pour apporter une autre perspective à celui-ci.
    Sans trop m’éterniser, il est important de rappeler que malgré l’augmentation vertigineuse des chiffres autour de la spéculation sur la taille du marché de l’impression 3D, il n’en est pas moins faux de croire qu’il n’y a pas de limite. La capitalisation boursière du géant 3DSYSTEMS (absent de votre article) en est un très bon exemple.

    D’un point de vue purement économique, la technologie reste très dispendieuse, et cela même pour une application sur un marché de produit de Luxe. Vous parlez très justement de l’utilisation de différents métaux (ou alliages), l’un des leaders dans cet industrie, l’allemand EOS, propose des machines aux alentours de 700/800k$US. Sans compter la poudre métallique encore très coûteuse, les nombreuses barrières à l’entrée (même pour les grands groupes) car les compétences humaines dans l’utilisation des machines ou dans la conception d’un fichier en .STL est encore peu rependue.

    Le coût de la technologie n’a cependant pas le monopole des défis que doivent surmonter les entreprises du Luxe. De vrais Business modèles restent à créer et à mettre en place autour de cette technologie, (que je crois sincèrement être une révolution industrielle mais pas seulement : Logistique, marketing promo, com etc.), ils donneront alors un avantage compétitif certain à leurs auteurs.

    Je serai ravi de poursuivre cette conversation avec vous en espérant pouvoir apporter mon point de vue.

    Jérémy Moreau

  3. Colas dit :

    Bonjour,

    Merci pour ce compte-rendu assez fidèle de notre soirée organisée par notre Club. Pourrions-nous échanger par mail pour la diffusion de ce compte-rendu?

    Merci d’avance
    Claire COLAS
    Responsable Club ESSEC Luxe

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